Mass Effect: Andromeda │ ★ 8

Mass Effect: Andromeda │ ★ 8

Andromeda est un spin-off de la série originale. Il prend place dans le même univers, mais ne reprend aucun personnage, change radicalement la structure et vous catapulte dans une nouvelle galaxie peuplée de races inconnues et de nouveaux mystères à exhumer.

Certes largement pété et bugué à sa sortie, le jeu a été conspué au-delà du raisonnable par une communauté de fans enragés par les changements apportés à la formule. Comme disait Adam Jensen dans Deus Ex : “Si vous voulez vous faire des ennemis, changez quelque chose.”

Et pourtant, si vous décidez d’ignorer les râleurs et les aigris pour donner sa chance à cet épisode, laisser de côté vos a priori et l’aborder comme un titre indépendant, sans y coller des attentes trop spécifiques, vous découvrirez un très bon jeu qui dépasse son modèle à bien des égards. Il fait aussi un paquet de faux pas, répète les pires travers de Dragon Age Inquisition et se prend les pieds dans le tapis en essayant d’en faire trop.

Ass Effect: Andromerda ?

Parlons un peu de la lapidation publique qui a accompagné la sortie du jeu. À côté de ça, le backlash de Mass Effect 3 n’était qu’un amuse-gueule et Cyberpunk fut traité avec tendresse. Andromeda a pris cher, parfois à juste titre, mais pas toujours. On a critiqué le ton, l’écriture, les personnages, le rythme, mais ce sont bien sûr les bugs et le niveau de finition qui l’ont mis sur le devant de la scène avec des collections hilarantes de vidéo-gags sur Youtube.

En y jouant 5 ans plus tard, je n’ai vu aucun de ces bugs ou problèmes d’animations faciales. Tout a été dûment corrigé et le jeu est désormais très propre. Encore heureux, mais ça mérite d’être signalé, car j’ai vu pas mal d’éditeurs balancer des étrons bugués dans la nature et passer promptement à autre chose. EA a au moins eu le bon goût de corriger le tir, et ça n’a pas dû être une mince affaire.

Les bugs étaient cependant la partie émergée de l’iceberg, et je crois qu’au fond, ce qu’on a jamais pardonné à Andromeda est d’être un spin off de la trilogie légendaire, avoir un ton et des ambitions différentes, plutôt que du “more of the same” avec Shepard et sa bande.

J’ai même l’intuition que s’ils l’avaient sorti en tant que nouvelle licence plutôt qu’essayer de tirer profit de la marque, le jeu aurait cartonné et eu droit à une suite. Son publique se serait simplement réjoui d’avoir un nouveau terrain de jeu, au lieu d’avoir des attentes ultra spécifiques sur ce que ça devrait être.

Bac à sable cosmique

Personnellement, j’avais depuis longtemps tourné la page et n’ayant pas d’attentes spécifiques concernant Andromeda, j’ai été très agréablement surpris. L’histoire est générique à souhait et pas spécialement enthousiasmante, mais ce n’est jamais ce qui a fait la force de la série : le sel d’un Mass Effect, c’est un univers immersif rempli de petites histoires et une galerie de personnages attachants que l’on découvre peu à peu au fil de l’aventure.

Et quelle aventure ! Andromeda met l’exploration et la conquête spatiale au coeur de l’expérience et vous emmènera sur un paquet de planètes aux paysages contrastés qui ne demandent qu’à être explorées (et minées, si vous êtes suffisamment masochiste pour vous investir dans le système de craft). Chacune d’elles regorge d’activités, de quêtes, de point d’intérêts, de signaux de détresse et de rencontres qui apporteront leur lot de confrontations et de drames.

Là où le bât blesse, c’est que la structure de chaque planète est très similaire et qu’à partir de la seconde, on commence à voir très clairement les rouages, si bien que tout ça perd un peu de sa magie. Là où tout devrait paraitre spontané et organique, les mécaniques de l’open world sont tellement mises à nu qu’elles en deviennent vulgaires et il vous faudra une bonne dose de suspension d’incrédulité pour continuer à vous imaginer comme un conquistador del espacio, plutôt qu’en train d’écumer les zones de farm d’un MMO.

Un peu de tri s’impose

Andromeda regorge de ‘contenu’, avec tout ce que ce mot peut avoir de péjoratif. Il a plein d’histoires à raconter, et ça, c’est très cool, mais aussi une tetra-chiée de remplissage sans âme qui fera frémir les completionnistes maladifs.

Comment ça marche ? Le jeu offre BEAUCOUP plus de contenu qu’un Mass Effect classique, mais ce contenu est très inégal. Il y a grosso modo 4 types de missions :

– Quête principale
L’histoire est à peu près aussi longue que Mass Effect 1 et peut donc se boucler en un peu moins de 20 heures, mais ce serait passer à côté de l’essentiel du jeu. L’histoire n’étant pas particulièrement mémorable, je vous conseillerais plutôt de ne pas faire cet épisode si c’est pour le survoler.

– Missions de loyauté
Comme dans la trilogie originale, ces missions permettent d’approfondir les liens avec vos coéquipiers. Ce sont les missions à ne pas manquer, et c’est là qu’est passé le plus gros du budget. En plus d’étoffer les personnages, chacun de ces arcs narratifs va vous balader aux quatre coins de la galaxie (parfois un peu trop, attendez-vous à beaucoup d’aller-retours) dans des aventures épiques et pleines de rebondissements qui contiennent la plupart des moments les plus marquants de cet opus.

– Missions de planètes
Chaque planète a son lot d’histoires plus ou moins longues et mises en scènes. Vous trouverez généralement une chaîne de quêtes aidant à rendre la planète vivable en résolvant ses plus graves problèmes, qu’ils soient humains (au sens large) ou environnementaux, mais aussi pas mal de petites intrigues annexes et plus ou moins intéressantes.

– Les TASKS
Si vous avez un tant soit peu de respect pour votre temps, évitez tout ce qui contient le mot “TASK”. Il s’agit des mini-quêtes de grind dont fourmillait Dragon Age Inquisition. Ce sont majoritairement des corvées sans trop d’histoire, avec au mieux un petit texte de justification ou un enregistrement sonore en guise de récompense.

Vers le FOMO et au-delà

Tout comme Inquisition, je me suis fait avoir par la première planète où j’ai commencé à faire un paquet de TASKS. C’était souvent des fetch quests avec des tonnes de backtracking et ça se terminait systématiquement en pétard mouillé avec une conclusion que vous lisez dans un mail ou écoutez sur un magneto. En termes d’ambition narrative, on est au niveau d’une quête de Wow Classic, mais sans la carotte du long terme d’un MMO.

Je connais quelques personnes qui ont arrêté Inquisition dans la première région ouverte à cause de ce design, parce que c’était tellement rempli de merde inutile qu’ils n’arrivaient pas à s’en sortir en essayant de tout faire. La bonne nouvelle est qu’Andromeda rend ces corvées très faciles à éviter. Elles sont disponibles si jamais vous avez 200h à tuer ou si voulez passer plus de temps une planète qui vous plaît, mais rien ne vous y oblige.

Malgré tout, ça demande un peu de discipline, car il est trop simple au début de se disperser et de répondre à tous les appels de détresse qui font irruption sur les ondes alors que vous roulez tranquillement vers la suite de vos aventures. Je me suis retrouvé à gaspiller des heures sur des side quests miteuses parce que j’étais venu en aide à des réfugiés.

Et comme je l’évoquais, il y a aussi toute une couche de minage et de terraformation qui sera soit un rêve moite pour completionniste assumé, soit un cauchemar pour les victimes du FOMO, et va juste ennuyer la plupart des joueurs normalement constitués. Personnellement, j’y ai peu touché et ça ne m’a pas gêné.

Le jeu ne vous force jamais à aucune sorte de craft ou de recherche et vous pouvez ignorer ces systèmes s’ils ne vous intéressent pas. Vous trouverez largement de quoi vous équiper en cours de missions. Même chose pour le multijoueur qui est totalement facultatif, contrairement à la trilogie originale. J’ai lu des critiques qui reprochaient l’existence même de ces systèmes, mais je trouve ça assez injuste quand le jeu n’oblige jamais à les utiliser.

Mass Effect, mais mieux

J’ai pas mal critiqué les épaisseurs de merde inutile qui polluent les planètes mais malgré ça, Andromeda offre une belle expérience d’exploration et a des dizaines d’heures d’histoires à raconter. Je pense avoir fait toutes les quêtes annexes scenarisées et les missions de loyauté, ce qui demande une bonne cinquantaine d’heures et j’ai trouvé ça finalement beaucoup plus immersif que le premier Mass Effect.

En effet, ce dernier était principalement sur rails et ne permettait ni d’explorer la galaxie ni de passer beaucoup de temps avec votre équipage. C’était une belle proposition que les épisodes d’après ont étoffée avec brio, mais pour son épisode d’introduction, Andromeda s’en tire avec les honneurs. Même une fois qu’on retire le rembourrage et le superflu, il offre encore une quantité affolante de dialogues et d’intrigues, dans un univers touffu et prenant.

Les nouveaux personnages méritent aussi d’être célébrés. Comme d’habitude, les humains sont complètement nuls, mais pour le reste, je pense même préférer cet équipage à celui de la trilogie originale avec lequel j’ai pourtant eu trois jeux pour tisser des liens. Vous avez bien sûr droit à une belle collection de romances interraciales et comme la plupart des personnages sont bissexuels, il y en a pour tous les goûts.

Au rayon des améliorations, le contrôle du personnage et les combats sont très largement supérieurs dans Andromeda, et c’est quelque chose que même ses détracteurs n’ont pas pu nier : les armes ont juste assez de patate, le jetpack permet des sauts et des dash qui rendent les affrontements beaucoup plus nerveux. La nouvelle gestion de la verticalité fonctionnerait mieux avec de meilleures IA mais permet quand même de ne jamais trop se lasser de saupoudrer vos adversaires de douilles fumantes.

Mass Effect Andromeda n’est pas Mass Effect 4 et n’a jamais prétendu l’être. Si vous y allez sans attentes ni a-priori, en vous contentant d’apprécier le voyage, il y a de bonnes chances que vous en ressortiez aussi satisfait que moi. Le ton est un peu plus léger et moins dramatique, les enjeux moins galactiques, mais ce n’est pas un mal.

Pour peu que la répétitivité de la structure d’une planète à une autre ne vous rebute pas fondamentalement, et si vous évitez les kilo-tonnes de grind et de quête fedex moisies qui se cachent sous le nom de “TASK”, le jeu vous offrira des dizaines d’heures d’aventures, d’explorations et de dialogues, parsemées de combats nerveux et agréablement dynamiques.

8

8/10

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