[Critique] Mafia: Definitive Edition

[Critique] Mafia: Definitive Edition

Plus le jeu est culte, plus le remake est risqué car on touche au domaine du sacré. On sait tous maintenant que la bruyante minorité des gamers est aussi toxique que les fans intégristes de Star Wars, ce qui n’est pas peu dire. Et comme Blizzard l’a prouvé avec Warcraft III Reforged, il est pourtant possible de mettre tous les fans d’accord en sortant un remake tellement foiré qu’il suffira à flinguer l’image d’un studio jusqu’alors respecté.

Produire le remake d’un excellent jeu, ça n’a pourtant pas l’air bien compliqué. Le script existe déjà, avec son histoire et ses personnages, le game design a déjà été fait, tout comme les niveaux, la progression, la courbe de difficulté, les capacités et éléments de level design. Il n’y a vraiment pas besoin de réinventer la roue, même si la refonte technique va demander de faire certains choix qui seront évidemment controversés.

Mafia se pose comme un modèle du remake bien fait en ravissant aussi bien les fans que les nouveaux venus qui se voient donner une chance de découvrir un titre majeur avec 20 ans de retard sans saigner des yeux. En effet, même si le jeu avait fait sensation en 2002, il a eu 20 ans pour accumuler quelques rides.

Lost Haven

Si ce remake est aussi réussi et que je le mets dans le même tonneau que l’excellente relecture de Resident Evil 2, c’est parce qu’il réussit à rester extrêmement proche de l’original tout en l’améliorant à tous les niveaux.

La ville de l’original était terriblement vide et l’ambiance 1930 était principalement retranscrite par les vieux tacots et la musique d’époque. Dans la Definitive Edition, la reconstitution historique est absolument fantastique, et Lost Haven s’anime sous nos yeux, bourrée de petits détails, de NPC, d’affiches vintages et d’éléments de décors qui en font un environnement incroyablement crédible et immersif.

Hangar 13 a réalisé un travail de titan sur cet environnement qui ne sert réellement qu’à établir l’ambiance du titre, puisque l’open world n’est presque jamais utilisé dans le gameplay, si ce n’est pour quelques courses poursuites. Le reste du temps, on se contente de traverser les quartiers pour se rendre à la prochaine mission.

Outre les environnements, c’est bien sûr le moteur graphique qui donne un gros coup de jeune à Mafia. Le lifting inclut toutes ces fonctionnalités aux noms imprononçables qui font le bonheur de nos cartes graphiques hors de prix, mais c’est surtout le travail sur les lumières qui vous mettra des étoiles dans les yeux. Les scènes de nuit sont particulièrement bluffantes, avec des effets de brouillard dans les phares et les lumières de la ville qui se reflètent dans les flaques.

Le moteur physique permet de détruire le décor, autant en intérieur que dans les rues de Lost Haven, mais aussi d’animer les imperméables des mafieux et de les rendre encore un peu plus badass.

Le poids des mots

Le plus étonnant dans cette nouvelle version, c’est qu’à l’inverse de beaucoup de remake qui conservent les textes originaux avec un respect quasi religieux, Hangar 13 n’a pas hésité à mettre les mains dans le script et en corriger quelques maladresses.

Les changements sont souvent discrets et je ne les aurais pas remarqués si je n’avais pas eu la curiosité de voir quelques vidéos de l’original pour me le remettre en tête.

L’écriture est globalement meilleure, plus fine : les personnages sont plus subtils et moins ‘bourrins’ que dans le jeu de l’époque où tout était assez frontal et explicite. Ce sont des petites choses, comme le parrain qui vous demandera de “faire comprendre à Don Vito qu’il devrait témoigner un peu plus de respect à la famille”, alors que la réplique originale était de l’ordre du “va lui péter les rotules à la batte”.

Les personnages en ressortent plus crédibles et surtout plus charismatiques, en particulier Tom, le personnage principal. Les antagonistes aussi sont plus nuancés et leurs motivations plus crédibles. Ils sont parfois tourmentés par les actes qu’ils doivent commettre plutôt que de les accomplir avec un rire sardonique de méchant de Disney.

Cure de jouvence et service minimum

J’ai beau avoir adoré l’original à sa sortie, je reconnais que le gameplay d’un petit dépoussiérage. Mafia était déjà loin d’être irréprochable à l’époque, avec des combats assez punitifs, une conduite sur savon souvent désagréable pendant les courses poursuites et une sorte de petit saut de cabri bien ridicule, pour éviter les tirs ennemis.

Le remake n’essaye pas d’inventer quoi que ce soit et se contente d’en faire un TPS suffisamment efficace et sans génie, avec un système de couverture pour remplacer les cabrioles. C’est vraiment le minimum syndical pour rendre le jeu jouable et j’en suis ravi, car il n’en fallait pas plus.

Je suis le premier à gueuler sur la couverture dans les jeux d’action, car on le trouve souvent couplé à une régénération trop permissive qui me permet de jouer n’importe comment puisque je peux à tout moment faire caca derrière un caisse pour refaire le plein de vie. Dans le cas de Mafia, la régénération est suffisamment limitée pour décourager ça, mais surtout, le système est thématiquement adapté et c’est franchement tout ce dont le jeu avait besoin pour faire briller ses fusillades.

Que vous ayez ou pas joué à l’original, Mafia est un très bon jeu pour quiconque adhère à son univers et son ambiance. Si vous êtes fan de crime organisé, que vous avez fini l’intégrale de Boardwalk Empire et que vous n’avez pas envie de revoir Les Affranchis pour la 12ème, Mafia est un excellent candidat.

L’espace d’une douzaine d’heure, il m’a transporté dans les années 30 à 50 avec sa reconstitution de haute volée et m’a fait vivre tous ces moments d’ascension et de chute inhérents au genre, mais aussi tous les clichés indispensables du film de gangsters, et ce pour mon plus grand plaisir.

8

8/10

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