Haven │ ★ 7

Haven │ ★ 7

Après Furi, sa direction artistique hors du commun et sa bande son phénoménale, les Français de “The Game Bakers” reviennent avec Haven, sa direction artistique hors du commun et sa bande son phénoménale. Pourtant, les deux jeux ne pourraient être plus différents.

Suite au succès critique retentissant de Furi, on aurait pu s’attendre à en voir une suite. Au lieu de ça, les boulangers du jeu vidéo posent leurs cojones sur la table et changent drastiquement de cap au point de ne plus s’adresser à la même cible. Ici, plus de boss-run hardcore aux timings maladivement millimétrés, on met le challenge de côté pour parler d’amour et d’aventure.

Living in the Yu Kay

Yu et Kay sont éperdument épris l’un de l’autre, issus d’une société dystopique dont les rouages ne seront jamais guère plus qu’esquissés. Sur leur monde natal, les relations romantiques spontanées ont été bannies au profit d’un système de matchmaking bien plus efficace et rationnel, qui vous assure de partager votre vie avec un partenaire compatible. Oui, comme dans “The Good Place”.

Yu et Kay sont jeunes, beaux, plein de fougue, et ne l’entendent pas de cette oreille. Ils ont donc décidé de fuguer vers des cieux plus cléments et nous le trouvons donc sur la planète Source, peu après un atterrissage forcé qui a mis leur vaisseau à rude épreuve.

Source est une ancienne colonie industrielle abandonnée où la nature a repris ses droits. Sa flore comestible, sa faune exotique et ses paysages flottants et destructurés aux couleurs étranges ne demandent qu’à être explorés. Vous vous doutez bien que ce n’est pas juste un petit coin de paradis où les amants pourront filer le parfait amour et oublier les turpitudes de leur dictature natale.

Haven est jouable en solo. Vous prendrez le contrôle des deux personnages et déciderez alternativement de leurs choix de dialogues. C’est la solution des gens solitaires et malheureux pour laquelle j’ai joyeusement optée, mais il est cependant très recommandé d’y jouer en coop avec votre partenaire.

Ce n’est pas la première fois que je joue plusieurs personnages en même temps, mais jouer un couple était une expérience que je n’avais pas encore vécue.

Le gameplay s’articule en plusieurs phases qui vont se répéter un peu trop longtemps au fil de la douzaine d’heure qui vous séparent de l’épilogue :

  • Explorer des îlots en planant avec vos bottes anti-G. Les sentations de vol sont très plaisantes et on retrouve le plaisir vaguement méditatif d’autres titres planants comme Journey ou Flower. Ca se gate un peu quand la caméra s’emballe où que votre personnage décide de faire un 180° sans préavis, mais dans l’ensemble, l’expérience reste relaxante du début à la fin et je ne me suis jamais lassé de suivre les flux d’énergie qui me guidaient le long des collines pastelles de Source.
  • Pacifier la faune locale dans des combats façon J-RPG assez minimalistes et pas franchement palpitants. Le système a probablement une saveur très différente en coop où les joueurs devront constamment se concerter et synchroniser leurs efforts, tout en alternant entre attaque et défense, mais en solo, c’est brouillon et passablement répétitif.
  • Papoter avec votre âme soeur au grè de vos découvertes, avec quelques choix de répliques sans conséquences mais de dialogues écrits avec beaucoup de justesse et de bons doublages. Tout ça se déroule comme un visual novel et tous les dialogues sont doublés.

Les deux personnages ont des personnalités bien distinctes et la qualité de l’écriture permet de rendre leur relation ‘crédible’ et attachante. 

On va quand même mettre quelques guillemets à “crédible” car on affaire à une romance idéalisée où les deux tourtereaux sont un peu trop beaux et glamour pour être vrai. Yu est canon, intelligente, n’a pas l’air spécialement tarée et a toujours envie. Kay est prévenant et courageux, a un look de star de K-Pop, un doctorat en biologie et aucune névrose à l’horizon.

Outre vos virées aventureuses, le vaisseau sera le cadre d’une bonne partie de la narration et des interactions sociales entre les personnages, puisqu’il fait à la fois office de grand appartement où discuter, se reposer ou batifoler, mais aussi de hub pour toutes sortes de mécaniques plus ou moins laborieuses comme la cuisine, le craft de potions, l’upgrades de matos, la fabrication de soins, et j’en passe.

Je me suis efforcé de les utiliser le moins possible et la difficulté du jeu le permet mais j’ai quand même eu le temps de trouver ça répétitif et laborieux. Le système est simpliste et la liste des ingrédients est si courte qu’on se demande un peu ce que ça vient foutre là. C’est vraiment un système de craft pour avoir un système de craft : pas de profondeur ou de possibilité d’expérimentation, juste pour vous faire perdre du temps à récolter tout ce que les zones ont de champignons, patates et autres fleurs de champs.

A la fin du jeu, j’avais accès à 3 ou 4 recettes de cuisine, 2 recettes de soin, 3 potions qui se sont débloquées bien trop tard pour vraiment avoir de l’importance, et c’était juste une série de petites corvées du soir en revenant au vaisseau, que même mes personnages n’avaient pas envie de se fader.

A côté de ça, vous pouvez upgrader le vaisseau, et heureusement, ça ne sert à rien car il était grand temps d’arrêter d’investir du temps de développement dans ces conneries. Ces upgrades sont juste une check-list qui détermineront si vous avez suffisamment exploré la carte pour qu’on vous autorise à voir la fin du jeu.

C’est vraiment pour son charme visuel et sonore ainsi que son écriture attachante que je me suis montré aussi patient avec Haven. En temps normal, le gameplay minimaliste et émaillé de petites corvées m’aurait faire lâcher l’affaire après une paire d’heures.

De la répétition, et du rythme assez mécanique des explorations, conversations, découvertes et préparations, résulte une monotonie qui ne s’avère pas désagréable. Derrière ces systèmes trop minimalistes pour être utiles et ces lacunes de gameplay, y avait-il une volonté d’illustrer la douce torpeur qui berce les vieux couples dans une vie faite d’habitude, d’obligations et de petits plaisirs épars ? Je pense que c’est donner à Haven un peu trop de crédit.

Mais quoi qu’il en soit, j’en suis ressorti satisfait, et les différentes fins m’ont beaucoup plu, car l’auteur a eu le courage d’aller au bout de son idée et de ne pas tomber dans la facilité ou la complaisance.

Je reste donc sur une bonne impression, et mes souvenirs de glisse sur l’excellente bande son de Danger. Je garde aussi en tête que le jeu prend certainement une toute autre dimension en duo.

7

7/10

Ecrire un commentaire